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Mémée

Tous les jeudis, je débarquais peu après midi. La table était toujours dressée, le déjeuné prêt à réchauffer.

Tous les jeudis, tu me demandais d’où je venais et où j’allais ensuite.

Tous les jeudis, tu attendais l’heure des informations comme si ta vie en dépendait. Tu me questionnais sur un demi milliard de choses et tu me racontais tes anecdotes de sortie de messe.

Tous les jeudis, tu insistais pour que je finisse la casserole, que je reprenne un morceau de fromage et un petit sablé.

Tous les jeudis, tu m’empêchais d’essuyer la vaisselle. Tu avais le temps de le faire plus tard. Ça occuperait quelques minutes supplémentaires dans tes longues journées solitaires.

Tous les jeudis, après manger, tu enlevais ta blouse et tu te parfumais . Tu préparais ta veste et tes chaussures. Prête, 35 minutes à l’avance pour aller au club.

Tous les jeudis, je devais promettre de revenir le jeudi suivant.

Et puis la vie… changement de travail, je n’étais plus disponible le jeudi.

Aujourd’hui, ton esprit s’égare. Il divague parfois, te fait confondre les saisons, les jours, les gens. Tu ne poses plus des millions de questions, tu te contentes d’une seule, que tu poses à chaque personne que tu croises : quand viens-tu me voir ?

Je me remémore tous ces moments passées près de toi. Toujours eu l’impression que ta maison était aussi la mienne. Les vacances, les repas de famille, les cousins, la ferme, l’enfance, la liberté, la sécurité, la famille… J’y repenserai sans doute tous les jeudis de ma vie.

Mémée, merci…

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2 réflexions au sujet de « Mémée »

  1. Très joli, quelle chance d’avoir pu profiter si longtemps et en tête à tête de ton aieule, profites en encore et chéries ces instants !!

    Bises

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  2. ma mémée à moi m’a quittée il y a presque 2 ans… pas une semaine où je ne pense à elle… à elle, avant que cette saleté de crabe ne lui mange le cerveau et qu’elle ne sache plus très bien qui j’étais, comment je m’appelais et ce que je faisais là à son chevet, avant qu’elle ne soit plus tout à fait elle, celle qui me donnait une branche de rhubarbe et un gobelet de sucre pour qu’on en fasse une sucette, qui avait toujours une petite chanson à fredonner pour nous faire rire, une idée de jeux et qui faisait si bien la soupe aux chicons (endives) que même les enfants se reservaient… quand la maladie a gagné du terrain (alzheimer) et que je me suis rendue compte que plus jamais elle ne serait vraiment là, qu’un jour son corps allait partir mais que son esprit était déjà loin, j’ai arrêté d’aller la voir vraiment… j’attendais qu’une de mes soeurs ou ma maman y soit car je n’osais plus « l’affronter » seule… je m’en veux d’avoir été lâche… même si les regrets et remords ne servent pas à grand chose! Alors profites-en tant que tu peux… 😉

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